Une étude inédite de la mutuelle MGEN révèle pourquoi près d’une adolescente sur deux abandonne le sport
- Vibes
- 28 janv.
- 4 min de lecture
En France, la pratique sportive chez les adolescentes recule fortement dès le début de l’adolescence. Ce phénomène, largement observé par les acteurs de terrain, les établissements scolaires et les professionnels de santé, soulève une question centrale : pourquoi tant de jeunes filles arrêtent-elles le sport alors même qu’elles en ont envie ?
C’est à partir de ce constat préoccupant que MGEN et Kantar ont souhaité mener une étude approfondie, avec une ambition claire : comprendre les causes profondes du décrochage sportif des adolescentes pour identifier des leviers d’action concrets. Car derrière les chiffres, ce sont des enjeux majeurs de santé physique, mentale, d’égalité et de confiance en soi qui sont en jeu.
Une étude pour dépasser les idées reçues
Contrairement à certaines idées reçues, l’abandon du sport chez les adolescentes n’est pas principalement lié à un manque d’intérêt ou de motivation. En réalité, près d’une fille sur deux (45,2 %) arrête une activité sportive malgré un intérêt réel pour le sport. Ce chiffre clé, issu de l’étude MGEN « Adolescentes & Sport : le grand décrochage », constitue un point de départ essentiel : les adolescentes n’abandonnent pas parce qu’elles n’aiment plus le sport, mais parce que l’environnement dans lequel il se pratique devient contraignant, voire excluant.
Pour objectiver ces freins, l’étude repose sur une méthodologie mixte composée d’une enquête quantitative menée auprès de 500 adolescentes ainsi qu’une approche qualitative à travers des focus groupes, permettant de recueillir la parole des jeunes filles de manière plus libre et approfondie. Cette double approche permet de mettre en lumière des obstacles à la fois visibles… et plus silencieux.
Les 4 freins majeurs à la pratique sportive chez les adolescentes
1. Une non-prise en compte des spécificités du corps féminin
Le premier frein identifié concerne directement le rapport au corps, en particulier à l’adolescence, période marquée par de profonds changements physiques.
63 % des adolescentes déclarent que les transformations liées à la puberté (prise de poids, développement de la poitrine, croissance) rendent la pratique sportive moins agréable.
55 % indiquent que leurs règles les empêchent régulièrement de faire du sport.
53 % estiment ne pas être suffisamment informées pour pratiquer une activité sportive pendant leurs règles.
Ces chiffres révèlent un manque d’accompagnement, d’information et d’adaptation des pratiques sportives aux réalités physiologiques des jeunes filles.
2. Un milieu sportif qui met les jeunes filles sous pression
Le deuxième frein majeur concerne l’environnement social et psychologique dans lequel les adolescentes évoluent lorsqu’elles font du sport.
61 % se sentent jugées lorsqu’elles pratiquent une activité sportive.
55 % estiment que leur corps ne correspond pas à l’image « idéale » du sport, largement véhiculée sur les réseaux sociaux.
53 % considèrent que l’encadrement sportif ne répond pas suffisamment aux besoins spécifiques des filles.
42 % déclarent avoir déjà subi des comportements déplacés dans le cadre sportif (sexisme, moqueries, harcèlement).
Le sport, censé être un espace d’épanouissement, devient alors un lieu de stress, d’exposition au regard des autres et parfois d’insécurité. Cette pression sociale joue un rôle déterminant dans la décision d’arrêter.
3. Une pratique sportive encore peu accessible
L’étude met également en lumière des freins structurels et organisationnels, qui limitent l’accès au sport pour de nombreuses adolescentes.
33 % n’ont pas de section féminine à proximité de leur domicile.
58 % sont freinées par les coûts liés à la pratique sportive (licence, équipement, déplacements).
57 % arrêtent le sport en raison de leur emploi du temps scolaire, jugé trop contraignant.
Ces éléments soulignent l’importance de penser le sport comme un service accessible, compatible avec la réalité quotidienne des adolescentes, et non comme une activité réservée à celles qui disposent du temps, des moyens et des structures adaptées.
4. Le règne de la compétition : un frein révélateur de l’étude qualitative
Ce quatrième frein est particulièrement éclairant. Il n’est apparu que grâce à l’approche qualitative, les questions de l’enquête quantitative n’étant pas initialement centrées sur la compétition. Les adolescentes interrogées expriment un malaise profond face à :
la pression de la performance,
la peur de régresser ou de ne pas être « au niveau »,
le sentiment d’être constamment évaluées,
la crainte d’être mises de côté en cas de moindre performance.
Pour beaucoup, la compétition est vécue comme un facteur d’exclusion plutôt que de motivation. Les jeunes filles expriment un besoin clair : des formats plus ludiques, plus souples, davantage orientés vers le plaisir, le bien-être et la progression personnelle. Faute de ces alternatives, certaines préfèrent arrêter plutôt que de subir une pression supplémentaire.
Comprendre pour mieux agir
À travers cette étude, MGEN fait un choix fort : écouter la parole des adolescentes et mettre en lumière des freins qui ne relèvent pas de leur volonté individuelle, mais bien de l’organisation, des normes et des représentations du sport. Les enseignements sont clairs : le décrochage sportif des adolescentes n’est pas une fatalité et il est le résultat de freins identifiables, donc actionnables. Adapter les pratiques sportives, former les encadrants, diversifier les formats, mieux informer sur le corps et la santé, rendre le sport plus accessible et plus inclusif : autant de pistes ouvertes par cette étude pour redonner aux adolescentes une place durable dans le sport. Parce que permettre aux jeunes filles de continuer à faire du sport, c’est investir dans leur santé, leur confiance et leur avenir.
L'étude complète est à retrouver ici.









Commentaires